I. Synthèse — un intérêt davantage exprimé par les Français que par les candidats
La santé occupe aujourd'hui une place centrale et non négociable dans les attentes des Français. À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, les études d'opinion le confirment : 76 % des citoyens jugent la préservation du système de santé déterminante dans leur futur choix de vote, devant l'amélioration du pouvoir d'achat (66 %), la revalorisation du travail (63 %) ou l'amélioration du système éducatif (56 %). Un sondage révèle même que 7 Français sur 10 (71 %) estiment qu'il ne faut pas réduire les dépenses de santé, même si cela devait creuser le déficit public.
Sources : Jean Jaurès, avril 2026 · Elabe · Institut Montaigne · Ipsos
Pourtant, face à cette attente massive, on observe un contraste marqué avec la place que les candidats et potentiels candidats accordent à la santé dans leurs prises de parole sur les réseaux sociaux. Comme l'illustre notre Observatoire transversal, la santé n'arrive qu'en position des 14 thématiques suivies, avec seulement des publications des candidats.
La santé en 6 points
L'essentiel en un coup d'œil. Le détail chiffré, thème par thème et candidat par candidat, est développé dans les sections suivantes.
Les 5 axes en un coup d'œil
Les candidats qui s'expriment le plus sur les 5 thématiques sélectionnées.
II. Étude santé
Une communication d'opportunité, pas un sujet de fond
Volume mensuel des publications santé — les prises de parole réagissent à l'actualité institutionnelle plutôt qu'à un agenda propre.
L'examen des différents PLFSS (projets de loi de financement de la sécurité sociale), les travaux de la commission d'enquête sur TikTok, ou encore les annonces de la santé mentale comme grande cause nationale rythment les pics de communication. Le pic le plus haut de la période reste celui du printemps 2025 : l'adoption en première lecture des propositions de loi sur les soins palliatifs et l'aide à mourir, sujet hyper-clivant et très médiatisé.
Fait notable : même durant le cœur de la crise sanitaire du Covid-19, la santé n'est pas parvenue à s'imposer comme un sujet de fond structurel et permanent dans le discours des candidats sur les réseaux sociaux.
La hiérarchie globale des sujets de campagne
Part moyenne des publications de tous les candidats consacrée à chaque grand thème.
Vu sous l'angle de la hiérarchie globale des sujets de campagne, l'économie reste en moyenne le thème le plus évoqué, devant la sécurité - particulièrement centrale chez Gérald Darmanin, ce qui est cohérent avec ses fonctions de Garde des Sceaux et ministre de la Justice. La santé se retrouve généralement au coude-à-coude avec l'éducation. Pour les candidats d'extrême droite comme Jordan Bardella et Éric Zemmour, l'immigration surpasse très largement la santé et l'ensemble des autres sujets.
La santé arrive en 10ᵉ position chez les candidats
Rang de la santé parmi les 14 grandes thématiques de campagne (Observatoire transversal).
Rapportée aux 14 grandes thématiques de campagne suivies par notre Observatoire transversal, la santé n'arrive qu'en 10ᵉ position : elle est bien présente dans le débat, mais reste loin derrière les priorités qui dominent la parole des candidats (économie, sécurité, immigration).
Delphine Batho s'exprime le plus sur la santé sur les réseaux sociaux (13,5 %)
Part des publications de chaque candidat consacrée à la santé (top 16).
Lorsqu'on rapporte la santé à l'ensemble des publications d'un candidat, seuls deux profils se démarquent véritablement : Delphine Batho (13,5 %) et Jérôme Guedj (11,5 %). Pour tout le reste des candidats du top 16, la thématique oscille entre 2% et 6% (Michel Barnier, le plus bas du classement, à 2,59 %) : ils abordent le sujet, mais il ne constitue pas le cœur de leur ligne éditoriale.
À noter que l'ordre s'inverse sur le terrain parlementaire, où Jérôme Guedj (1 562 amendements santé) devance nettement Delphine Batho (257).
La santé est le plus souvent évoquée sous le prisme de l'économie
Co-occurrence des publications santé avec d'autres registres (économie, sécurité, éducation, environnement, immigration).
Dans 50 % des cas, la santé est évoquée de manière isolée et exclusive. L'autre moitié du temps, elle est traitée sous un prisme croisé, principalement économique, étatique ou sécuritaire.
Le coût de la santé intéresse davantage que l'innovation médicale
Répartition des publications santé par angle thématique (13 registres).
🟢 Les thèmes les plus évoqués (Top 3)
Finance / coût / Sécurité sociale (16 %)
Hôpital & soignants / services publics (15 %)
Santé environnementale / alimentation (14 %)
(le thème Maladies / patients / handicap suit de près, à 13 %)
🔴 Les thèmes les plus délaissés (Flop 3)
Sécurité / violences envers les soignants (0,5 %)
Femmes / périnatalité / santé sexuelle (0,5 %)
Immigration / Aide médicale de l'État — AME (1%)
Recherche & innovation médicale (1%)
X (ex-Twitter) capte à lui seul 61 % des publications santé (67 614 posts) et s'impose comme le réseau des premières prises de parole et des réactions à chaud. Instagram arrive loin derrière en volume (14 %, 15 698 publications) mais devance largement X sur l'engagement : c'est le réseau de l'impact et de la réactivité. Facebook, LinkedIn, TikTok et Bluesky restent, eux, très peu mobilisés sur les enjeux de santé. À noter : 12,4 % des posts LinkedIn portent sur la santé (registre expert et institutionnel), loin devant Facebook (7,5 %) et Instagram (6,9 %).
Les candidats publient sur X, l'audience réagit sur Instagram
Volume de publications santé par réseau (barres) et engagement total généré (ligne).
Volume et notoriété, ne sont pas toujours corrélés
Un décalage flagrant entre les candidats qui produisent le plus de contenus santé et ceux qui captent le plus d'engagement.
🔵 Les plus prolifiques (volume de publications santé)
🟠 Les plus performants (engagement moyen par publication santé)
➜ Les hyper-productifs à faible écho : les candidats qui publient le plus activement sur la santé (Jérôme Guedj, Delphine Batho, Boris Vallaud, Ségolène Royal, Olivier Faure) génèrent au final un engagement moyen très faible par publication - ils se classent entre la 17ᵉ et la 29ᵉ place sur 34.
➜ L'effet de notoriété pure : à l'inverse, certains candidats postent beaucoup moins sur la santé mais déclenchent un engagement bien supérieur à chaque prise de parole (Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, Gabriel Attal, Jordan Bardella, Jean-Luc Mélenchon), portés par leur volume d'abonnés et leur maîtrise des codes des réseaux.
➜ L'équilibre parfait entre fort volume et fort engagement : seuls 5 candidats y parviennent - Florian Philippot, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Tondelier, François Ruffin et Clémentine Autain.
Des engagements en cohérence avec la ligne politique
Le profil de spécialisation des candidats : chacun investit les axes santé qui prolongent son positionnement.
Jérôme Guedj — structures & finance. Le leader incontournable du volet institutionnel : hôpital et services publics, financement et Sécurité sociale, éthique et fin de vie.
Boris Vallaud — l'omniprésent généraliste. Record de diversité, actif sur 7 thématiques à la fois ; il mène plus spécifiquement les débats sur l'accès aux soins, les déserts médicaux et la santé mentale.
Marine Tondelier — santé environnementale et sociétale. Elle s'exprime majoritairement sur la santé environnementale mais s'empare aussi de sujets moins abordés comme la santé des femmes ainsi que la santé sexuelle.
François Ruffin — le défenseur du terrain. Très axé sur la dimension humaine et sociale, il est leader sur l'axe maladies / patients / handicap, et solide deuxième sur l'hôpital et la santé mentale.
F. Philippot & N. Dupont-Aignan — souverainistes. Quasi-monopole sur la souveraineté, l'industrie pharmaceutique et les vaccins (Philippot en tête), ainsi que la prévention et le mode de vie (Dupont-Aignan en tête).
David Lisnard & Michel Barnier — droite traditionnelle. Discrets sur l'ensemble de la santé, ils s'imposent néanmoins sur la niche de la recherche & innovation médicale (Lisnard en tête), un sujet globalement délaissé à gauche.
Activité parlementaire sur la santé (hors réseaux sociaux)
Questions et amendements santé déposés par les candidats ayant un mandat parlementaire actif (source Follaw).
| Candidat | Mandat | Questions | Amendements | Total santé |
|---|
Concernant l'activité parlementaire, Jérôme Guedj arrive largement devant Delphine Batho alors que cette dernière domine sur les réseaux sociaux : il a déposé amendements sur la santé pendant que Delphine Batho en a déposé sur la période. Le volume de parole publique et l'activité institutionnelle ne se recoupent pas nécessairement.
III. Les 5 grandes thématiques santé
Hiérarchie des 5 grandes thématiques santé
Au-delà du volume global, comment chaque candidat se positionne-t-il sur les 5 sous-thèmes prioritaires de la santé ? Sur les 34 candidats analysés, seuls 6 abordent l'ensemble des 5 grands axes — la majorité se spécialise sur un ou deux d'entre eux.
Répartition des publications santé entre les 5 grands axes.
Bien vieillir, un nombre important de publications et d'interactions
Le volume de publications ne garantit pas l'engagement : certains thèmes moins traités suscitent davantage de réactions.
Le volume de posts ne garantit pas l'engagement. La santé environnementale affiche le plus grand nombre de publications (475) mais ne génère qu'un engagement modéré (311 025 interactions). À l'inverse, la santé mentale, avec deux fois moins de posts (239), approche les 600 000 interactions : un engagement par post près de 4 fois supérieur. L'accès aux soins, pourtant très présent dans le débat politique, ne se classe que 4ᵉ en interactions (environ 160 000).
La santé mentale, un sujet qui est très mobilisateur
Engagement moyen généré par publication, par thématique.
Au total, la « e-santé » ne récolte pas un nombre important d'interactions. Cependant, si l'on rapporte au nombre de posts, on arrive à un engagement moyen par post bien plus élevé que pour le « bien vieillir ». La e-santé et la santé mentale sont de vraies réussites : chaque message publié sur ces thématiques génère un très fort taux de réactions.
À l'inverse, les posts sur la santé environnementale récoltent un taux d'engagement moyen beaucoup plus faible.
La forme : ce qui fait la différence sur les réseaux
Au-delà du fond, l'analyse des publications santé les plus performantes dégage des bonnes pratiques nettes.
✅ Les bonnes pratiques
Collaborations et influenceurs.
Le post de Marine Tondelier aux côtés de l'activiste @camilleetienne_ pour la loi PFAS récolte 13 358 likes. Voir le post →
L'effet de masse et l'appel à l'action.
Les posts qui mettent en avant des paliers massifs (« 1 million de signatures dont 500 000 en 24 h contre la loi Duplomb ») fonctionnent particulièrement.
Le storytelling intime.
Mentionner un cas concret (« l'exposition des fleuristes aux pesticides ») : l'empathie est le premier moteur de partage.
Le format court et émotionnel.
Un texte de moins de 5 lignes axé sur l'émotion ou l'indignation (ex. Jordan Bardella sur le Mercosur et la souveraineté agricole).
L'action concrète et incarnée.
Mettre en scène un dispositif (« les Écologistes faisaient tester les cheveux de 19 pompiers pour détecter la présence ou non de PFAS »).
IV. Écosystème — influenceurs santé
Au-delà des publications, le graphe des abonnements (followings) des 34 candidats sur X, Instagram, LinkedIn, Bluesky et TikTok permet d'identifier les comptes santé qui structurent leur écosystème d'information — sans qu'aucune publication ne soit requise pour cette analyse.
Qui cite qui ? Mentions par candidat
Nombre de publications de chaque candidat (colonne) citant une organisation santé (ligne). Intensité = volume ; les candidats sont classés de la gauche vers la droite politique.
Top organisations santé citées ; une mention n'est pas un soutien (ex. Pfizer est surtout cité par les comptes vaccino-sceptiques).
Comptes influents suivis par les candidats
Cartographie de l'écosystème d'influence santé
Qui suit qui : liens d'abonnement entre les candidats (à gauche) et les comptes santé les plus suivis (à droite). Couleur des candidats selon leur famille politique.